Fran, Steve, Peter et les autres

Fran, Steve, Peter et les autres

 

« Fran, Steve, Peter et les autres » est un espace que l’on aborde de l’extérieur et de l’intérieur. Au départ surfaces de projections où se dessine une ville animée et scintillante, la pièce incite à passer de l’autre côté de l’écran et à dépasser les « images ». Se glissant sous le volume, le spectateur réalise qu’il peut se faufiler pour entrer physiquement dans l’œuvre — et accéder au réel ?

La ville se dévoile et montre ses détritus. La multitude des emballages est rythmée par les mots et les lumières qui surenchérissent sur les couleurs et les messages déjà présents sur les boites. Éblouissement ou aveuglement ? L’œuvre nous fait basculer d’un monde à l’autre, mettant sous notre nez les amoncellements que nous ne voulons pas voir. Composé par des objets que nous prenons et jetons tous les jours et par des mains qui, crispées de désir, surgissent et s’agrippent.

Clins d’oeil cinématographique, « Fran, Steve, Peter et les autres » fantasme une réalité dystopique où des mains s’accrochent encore à ces emballages même après leur « mort » — la leur et celles des emballages. L’installation invite le public à se glisser dans la peau de Fran, Steve et Peter, personnages issus du film d’horreur de Romero Dawn of the Dead. Coincés dans un centre commercial lors d’une attaque zombie, ils survivent en se barricadant et consommant. Fran cherchera pourtant à s’enfuir sans avoir de réelle échappatoire. Sa fuite  — suicidaire? — en hélicoptère pose la question : l’horreur vient-elle vraiment des zombies ?

Au delà de l’objet, « Fran, Steve, Peter et les autres » crée un moment, une expérience dans laquelle le corps du spectateur s’invite et participe. Les lumières réagissent et s’activent au son ambiant. Se courbant pour entrer dans la boite, le spectateur devient acteur de l’installation. Ainsi enserré dans le volume, seules ses jambes apparaissent, produisant, pour le spectateur extérieur à l’œuvre, une découpe où la boite semblerait posséder mille pattes grouillantes. La présence des corps anime et incarne la pièce.

« Fran, Steve, Peter et les autres » questionne nos constructions dans ce qu’elles ont de plus fascinant et de plus révulsant. Œuvre éminemment cinématographique, elle joue avec ses codes, passant par les premiers effets d’illusion, en référence aux premiers dioramas, et interroge notre rapport à l’écran, aux images, aux messages et aux nouvelles réalités virtuelles 3D dans lesquelles nous pénétrons. De l’émerveillement au cauchemar, l’installation entraîne le public à aller voir l’envers du décor.

 

Crédits :

Une création d’Antonin Fourneau, Alice Martins, et Nicolas Tilly

Œuvre lauréate 2Prix PULSAR The Open Art Prize édition 2018 Avec le soutien de la Gaîté Lyrique dans le cadre de son programme de résidence

Régisseur : Paul Lajus
Stagiaire : Lola Dubus
Remerciements : Michel Richard, Jérémy Landes, L’équipe de la Gaité Lyrique